L
e 1er novembre 1954, près de Ghassira, un petit village perdu dans les Aurès, un couple d'instituteurs français et un Caïd algérien sont les premières victimes civiles d'une guerre de sept ans qui mènera à l'indépendance de l'Algérie.
Plus de cinquante ans après, Malek Bensmaïl revient dans ce village chaoui, devenu "le berceau de la révolution algérienne", pour y filmer au fil des saisons ses habitants, entre présent et mémoire, mais aussi son école et ses enfants…
Chronique d'une Algérie profonde dont la Chine, terre symbolique, semble encore lointaine.
Dans la culture musulmane, il est dit qu'il faut chercher le savoir, quitte à aller jusqu'en Chine (d'où le titre du film sur le problème de l'enseignenement).
NOTE D'INTENTION:
À l'origine du désir du film et de son intention
Le désir d'un film surgit souvent à partir des autres films réalisés et d'une suite de questions qui restent posées, suspendues.
Après mon documentaire Aliénations où j'ai été confronté à l'univers de la folie - documentaire où d'ailleurs la question de l'identité et de la langue est prédominante-, j'ai commencé à imaginer en premier lieu un projet sur la langue, comme enjeu de pouvoir et d'acculturation en Algérie, de la colonisation à nos jours.
La langue ! voilà le mot. La problématique de la langue en Algérie est bien visible dans l'ensemble de mes films. De tout temps, elle a été l'instrument et l'objet de controverses politiques. Toute première question de départ du projet : comment les politiques linguistiques (matières enseignées) à travers l'école s'en saisissent pour en faire un enjeu de pouvoir ?
Mais voilà, cela ne doit pas être l'enjeu du film. Près d'un demi-siècle après l'indépendance, l'Algérie est vraiment loin d'avoir résolu la question lancinante de son identité : guerre des langues bien sûr, mais aussi effondrement des idéologies, écroulement des mythes du socialisme et du nationalisme arabe, conformisme islamo-nationaliste, esprit de revanche sur la francophonie, déni des réalités historiques et culturelles. L'Algérie post-indépendante, dans la continuité de l'aliénation et de l'acculturation du peuple a renforcé (inconsciemment ?) une autre domination sous couvert de réintégration d'une "identité arabo-musulmane".
Il s'agit là d'éléments de réflexion et de recherche du sujet du film, lisibles, visibles, transparents. Oui, mais comment raconter cette histoire-là, au présent ?
Lors du tournage de mon dernier film Le Grand Jeu - sur la dernière campagne Présidentielle en Algérie - je me suis rendu dans beaucoup de villages à travers l'ensemble du pays. Plus de 40 000 km, de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud. J'ai vu un monde rural difficile et dur, j'y ai rencontré un nombre impressionnant d'enfants d'agriculteurs et d'ouvriers… Des enfants aux visages tendus par le désir d'apprendre, le désir de rencontres, visages tantôt inquiets, souvent drôles, rieurs, parfois graves. Face à ma caméra, ils m'ont dit avec leurs mots (en algérien, langue de la rue et du quotidien), le manque de moyens, le manque d'écoles, d'instituteurs, de fournitures, la difficulté aussi de se rendre à l'école, le désir d'arrêter l'école pour faire du business ou leur désir de fuir le pays…
Je décide alors que "L'enfance", l'apprentissage, et la vie de ce village seraient probablement les thèmes forts de mon prochain film documentaire. Mon pays, c'est un monde d'hommes. Il n'y a pas d'enfance à proprement parler, il y a juste une première vie. Je n'ai pas détesté être enfant en Algérie, mais l'enfance est écrasée par le dur monde des hommes.
Dans mon questionnement obsessionnel sur la complexité de ma société et après l'ensemble de mes films, notamment Des vacances malgré tout, Algérie(s), Aliénations et le Grand jeu, la question de l'après-guerre (s) - la guerre d'Algérie et la décennie du terrorisme - reste pour moi une des préoccupations majeures dans l'accompagnement de notre mémoire audiovisuelle contemporaine. "Notre" mémoire commune qui regroupe, indéniablement, celle des deux rives de la Méditerranée et plus particulièrement l'Algérie et la France, par l'histoire profonde qui les relient.
Puis il y a "LE" premier souvenir de cinéma. Le souvenir de la première image de cinéma qui a fasciné l'enfant que j'étais à Constantine. Avec mon grand frère, nous avons admiré à la Cinémathèque un des chefs d'œuvre du cinéma néo-réaliste italien : "Le voleur de bicyclette" de Victorio De Sica. Probablement un déclencheur indélébile dont je garde encore l'image de ce père et ce fils, tout autant que les espaces qu'ils traversent ensemble dans le film.
Cette image latente et récurrente qui me revient sans cesse, devient pour moi, une sorte de constat évident de ce thème fortement représentatif de l'après-guerre en Italie que je transpose à "mon" Algérie d'aujourd'hui. L'enfant n'est-il pas l'interrogateur idéal et obsédant de notre époque ? Histoire, crise d'identité, guerre d'Algérie, terrorisme, décennie noire, crise économique et sociale…
Une année de tournage, 4 saisons filmées, 8 mois de montage. Tournage en HD et super 16mm, un film de 2 heures kinescopé en 35mm.
Production : Unlimited, Cirta films, INA, 3B Productions, ENTV
Distribution : Tadrart Films
5 - 17 mars 2009, Compétition internationale, Paris / Festival Cinéma du réel |