Un printemps très chaud de Sahar Khalifa
L’histoire se passe dans les Territoires occupés, principalement à Ramallah et à Naplouse, quelques années avant la seconde Intifada, puis pendant le siège du quartier général d’Arafat à Ramallah.
Deux frères, dont la vie sera terriblement gâchée par les événements, sont au centre de ce roman. Le cadet, Ahmad, timide et sensible, passionné de dessin, bon élève admiré de ses professeurs qui lui prédisent un brillant avenir malgré son bégaiement, fera plusieurs années de prison pour s’être lié d’amitié avec une petite fille de la colonie juive voisine du camp de réfugiés où il vit. Maguid,
l’aîné, étudiant à l’université de Bîr Zeit, dilettante, musicien, rêve de devenir un chanteur célèbre.
À cause de ses relations avec une riche famille palestinienne proche des cercles du pouvoir, il est
soupçonné du meurtre du chef de cette famille et passe à la clandestinité. Lorsqu’éclate la seconde
Intifada, Ahmad, traumatisé par ses années de prison, s’engage comme volontaire pour ramasser
les blessés dans les rues. Maguid, pour des raisons d’ambitions personnelles, devient un des
gardes du corps d’Arafat, et se fait complice de la corruption et de la décadence de l’Autorité
palestinienne.
Ce qui intéresse l'auteur, ce n’est pas la grande Histoire, mais plutôt les répercussions humaines
du conflit, générateur de drames humains et exacerbant les situations les plus ordinaires pour les
transformer en tragédies. La trajectoire de chacun des frères leur fait croiser une multitude de
figures de toutes les générations, permettant à Sahar Khalifa de brosser une peinture extrêmement
sensible de la société palestinienne. C’est notamment l’occasion de très beaux portraits de
femmes. Même s’il y a une dénonciation de l’oppression israélienne responsable de tout ce gâchis,
c’est loin d’être un livre manichéen – les travers de certains Palestiniens (ambition dévorante,
12/248
collaboration ou recours à la violence aveugle) ne sont pas occultés – mais plutôt un livre
humaniste, tantôt désenchanté, tantôt plein d’espoir.
L’auteur est une romancière reconnue internationalement. Elle vit à Amman et enseigne dans
plusieurs universités américaines. Elle a publié, notamment chez Gallimard, Chroniques du figuier
barbare.




